Le biocarburant… épilogue de la « révolution énergétique »
Par : Miriam Celaya | 14 septembre 2012 | Sin EVAsion
On dit que la nécessité est la mère de l’invention, maxime qui pourrait expliquer la proverbiale célébrité des « inventeurs » cubains, toujours soumis aux nécessités. Cependant, l’invention est un processus qui, pour être une source de bien être et progrès requiert certaines ressources matérielles et des libertés citoyennes, au-delà de l’imagination, de l’intelligence ou des volontés de faire, le contraire devient une régression.
C’est ainsi que la célèbre inventivité cubaine -au moins durant la dernière moitié de siècle- s’est manifestée fondamentalement dans la philosophie de la misère, où chaque invention est inspirée, non pas par la création de quelque chose de véritablement nouveau et révolutionnaire (et ici le terme se réfère à l’aspect technique), mais plutôt par la réforme ou amoncellement de vieux équipements déjà inventés ou -comme nous disons généralement- par la découverte d’eau tiède, qui consiste à reprendre ce qui fut une nouveauté au XIXe siècle et l’utiliser dans notre indigence actuelle quotidienne. Les exemples sont nombreux, mais récemment le journal Granma (daté du mercredi 12 septembre 2012, page 3) nous a offert une de leurs innombrables pirouettes qui, en plus, dans la presse officielle se présentent comme un paradigme de l’efficience. « Ils obtiennent à Pinar del Río… du biocarburant dans des sacs », c’est le titre d’un long article qui prend la moitié de la page où nous apprenons, au travers d’un ton visiblement optimiste, qu’ils versent le biocarburant dans des sacs en plastique « c’est déjà un succès à Pinar del Río », chose nouvelle, même si ce n’est qu’une expérience « isolée », mais qui « pourrait devenir une innovation de grande utilité ».
Il est connu que le biocarburant est hautement inflammable, de fait que le rédacteur de l’article s’empresse de nous tranquilliser : il s’agit (dit l’inventeur de l’initiative) d’un procédé sécurisé, puisque le biocarburant peut être distribué dans les mêmes sacs en plastique qu’utilise l’Usine de Conserves La Conchita pour la conservation de la pulpe de tomate, lesquels sont « fermés hermétiquement, très résistants et capables de supporter de très hautes températures ». Il ajoute que « avec eux, il n’y a aucune nécessité de comprimer le carburant et ainsi, le procédé est plus simple et plus efficace ». Affirmer la facilité est un automatisme dans lequel chaque dispositif (sac) met environ 30 minutes à se remplir et « transporte le biocarburant suffisant pour qu’une famille de trois personnes puisse cuisiner pendant deux jours ».
Même si l’utilisation du biocarburant n’est pas une découverte récente, et qu’il est utilisé dans de nombreuses expériences non-industrielles dans plusieurs régions de la planète, le papier regorge d’éloges sur ses avantages. Parmi eux, le journaliste nous rappelle qu’il s’agit d’une source d’énergie renouvelable, bénéfique à l’environnement contrairement au pétrole qui, lui, provoque la pollution par CO2 et permet de faire des économies à la famille en diminuant sa consommation d’électricité. L’idée est de substituer la consommation d’énergie fossile et électrique pour la cuisson des aliments, et comme la majorité des foyers cubains utilise l’électricité pour cuisiner, le biocarburant s’adresse à la majorité des Cubains, grâce à la fameuse Révolution Énergétique (vous vous souvenez?!) promise depuis quelques années par l’Innombrable… (vous vous souvenez encore de lui??!!)
Mais, fondamentalement, l’article fait la pub de l’innovation du récipient du biocarburant, les sacs plastiques, un procédé qu’il décrit aussi simplement qu’il permet d’étendre son exploitation en prescrivant des installations de conduction du biocarburant du site de collecte jusqu’aux cuisines des maisons, et en même temps, ce système évite les complications sanitaires potentielles.
Comme illustration, l’article nous offre un petit tableau qui montre les avancées indiscutables de l’invention générées grâce à la créativité d’un inventeur cubain pour résoudre un problème local et que la presse officielle présente comme un palliatif à la crise énergétique que subissent des centaines de milliers de foyers cubains. Le tableau dit textuellement ceci : On estime qu’un mètre cube de biocarburant jeté dans l’atmosphère sans combustion équivaut à une tonne de CO2.
En échange, son existence permettra de cuisiner trois repas pour cinq personnes ou générer une énergie équivalente à 0,5 litres de diesel, 0,6 de kérosènes ou 1,6 KW/h d’électricité. Pour cela, selon la bibliographie consultée, il suffit de récolter une journée d’excréments de trois vaches, quatre chevaux, neuf cochons, dix dindes ou 130 poules.
J’ai ici, mesdames, messieurs, le quid de l’éducation… Ou mieux encore, l’essence de l’innovation cubaine. Il s’avère que l’invention est véritablement économique, elle ne requiert que la volonté du consommateur de biocarburant, qu’il trouve le moyen de se procurer un de ces sacs plastique d’une usine de conserves la plus proche de chez lui, ce qui n’est peut-être pas très difficile s’il y travaille, si l’administrateur de l’usine est un de ses amis -auquel cas il pourrait disposer des ressources de l’État- ou s’il accepte de les lui vendre à un prix raisonnable (concept étrange pour Cuba). Le petit inconvénient est de faire la chose avec les trois vaches, les quatre chevaux, les neuf cochons, les dix dindes ou les 130 poules, dont les recettes digestives garantiraient la survie d’une famille pour trois repas, en ne dépassant pas les cinq personnes.
En d’autres mots, le caca serait la voie la plus rapide pour mettre la table. L’autre serait de prier pour qu’aucun invité surprise n’apparaissent, ce qui altérerait la scrupuleuse planification du sac de biocarburant de la famille. Même si, en y pensant bien, il y aurait toujours l’option de faire une rapide collecte de matière première avec l’aide de volontaires au sein de la famille et du voisinage, faisant ainsi honneur à la réputation généreuse des Cubains. Il me reste cependant une préoccupation : un autre innovateur (de génie?!) pourrait découvrir la manière de faire de cette ressource un produit encore plus productif et efficace à partir de l’utilisation de quelque diurétique… Sauve qui peut !
Traduit par : Aïda
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