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Archives de la catégorie ‘Traducteur: Aïda’

Concerts et déceptions

Par : Miriam Celaya | 22 octobre 2012 | Sin EVAsion

La nuit du vendredi 19 octobre a eu lieu un nouveau concert de soutien à la Demande Citoyenne Pour une Autre Cuba, dans ce lieu déjà mythique du Projet Estado de SATS, à La Havane. Cette fois, les jeunes rappeurs du groupe Ruta 11 et Estudiantes sin Semilla, furent chargé de la distraction, ambiance animée et pacifique, comme toujours dans cette espace d’échange.

Les notes de musiques, l’enthousiasme et la sincérité de ces jeunes aficionados et du public, ainsi que l’empathie générale.

 

Seul bémol :

1/ceux qui voulaient venir mais se sont fait arrêter par la police et emmener au commissariat de Playa, de Santiago de Las Vegas (Municipalité de Boyeros) et d’Infanta y Manglar (Municipalité de Cerro) jusqu’au lendemain.

2/ la panique que provoqua la mobilisation de toutes les voitures qui couvraient l’opération policière des rues avoisinantes, lorsque les musiciens et le public chantions à coups de cris le refrain de la dernière chanson du spectacle : « Libertad, libertad, libertad… ! ». Bien sûr, la meute extérieure craignait que nous ne sortions dans les rues en criant ce mot dangereux, ils bloquèrent alors la porte de sortie pour nous piéger à l’intérieur. Aucun mot n’est aussi subversif pour l’esprit esclavagiste que celui là : LIBERTÉ.

Chaque concert, tout comme le groupe croissant de gens qui s’entendent, malgré leurs divers secteurs sociaux, pour approuver la Demande Citoyenne, provoque la déception des forces répressives et évidemment atomise de peur la dictature. Le système est fragile au point qu’il a peur de la valeur intellectuelle cubaine, appelée « l’immense minorité » ? Les vieux monarques sont à ce point faibles qu’ils lancent des pics pour essayer de boycotter l’esprit de liberté qui parcoure nos rues ? En vain, cette Autre Cuba est déjà en route.

Traduit par : Aïda

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Différents, non. Complices !

Par : Miriam Celaya | 13 août 2012 | Sin EVAsion

Une nouvelle vague de répressions

Un des traits les plus accentués de la ‘cubanité’ est notre tendance ancestrale à fabriquer des réalités à partir de subjectivités. Ça nous plaît d’imaginer des choses idéales que nous assumons automatiquement comme des réalités palpables. Si l’imaginé coïncide avec le désiré, on peut alors donner pour vrai que la légende débordera au-delà du rationnellement permissive : on aura construit une nouvelle « vérité » basée, uniquement et exclusivement, sur nos attentes puériles.

C’est ainsi que parmi les légendes les plus récentes qui ont été construites dans l’imaginaire de la dissidence, il y a la supposée différence de postures en la Police Nationale Révolutionnaire (PNR) et la police politique vis-à-vis des opposants, des journalistes indépendants et des activistes de la société civile alternative. Quelques points essentiels sur lesquels s’appuie ce présupposé (ce qui suit n’est pas écrit comme des certitudes, ni même nie toutes erreurs, pour autant, je supplie les lecteurs de lire avec une prudence prudente!) sont les suivants :

  1. La PNR est faite pour assurer l’ordre public et éviter les délits communs, alors que la police politique a l’objectif d’éliminer toute opposition politique au gouvernement.
  2. La police politique jouit de primes ce que n’a pas la PNR, comme ils ont un salaire, ils ont des conditions de travail avantageuses, des vacances dans des centres touristiques, un parc automobile varié et abondant, les produits d’hygiènes et des vêtements, chaussures, etc… ce qui s’insèrent dans ce qu’ils appellent la « qualité de vie » de leurs agents .
  3. La police politique est d’ordinaire despotique ou dédaigneuse face aux agents de la PNR, qui sont subordonnés à la police politique, en dépit des lois en vigueurs qui disent l’exact opposé : la police politique doit se soumettre aux agents de la PNR.
  4. Les agents de la PNR sont autant exploités et pauvres que n’importe quel Cubain et ils intègrent la police dans le but de trouver des salaires meilleurs, c’est pour cela qu’ils prennent leurs distances avec les pratiques répressives de la police politique.

Je ne vais m’en tenir qu’à quelques éléments, même s’il en existe bien d’autres. Je dois confier que moi aussi j’ai été tentée face au miroitement d’une affaire PNR-dissidence ; en fin de compte jamais un agent de la PNR ne s’est comporté envers moi de manière irrespectueuse, ni même quand, sur ordre de la police politique, j’ai dû monté dans une voiture de patrouille avec mon ami Eugenio Leal, avec le seul objectif de m’éloigner d’un petit événement qui se déroulait dans un parc public de la capitale. Je me souviens qu’à cette occasion, les agents en uniformes de la PNR semblaient franchement gênés et ce n’est pas vis-à-vis de moi ou d’Eugenio. Je ne sais pas, peut-être qu’ils étaient seulement là pour assurer l’ordre public et peut-être que je me suis imaginé que ça les répugnait de nous punir. Nous voudrions voir un clin d’œil qui puisse nous dire qu’ils nous soutiennent dans l’envie de dépasser le cauchemar. Pourvu que l’essence de l’esprit démocratique puisse nous rendre des extrémistes du romantisme.

Croyez-moi, moi aussi j’aimerais penser que les sbires de la « sécurité » (insécurité?) sont « les méchants » et les bonhommes de la PNR sont « les gentils », mais j’ai de grandes réserves à émettre une pareille idée. En fin de compte, ce sont plus les interrogations qui unissent ces deux corps répressifs entre eux, plus que la sympathie, ou la considération des policiers PNR envers les dissidents. En tout cas, ce sont les asticots des unités de la PNR qui enferment les démocrates cubains, ce sont les vers de terre en uniformes bleus qui ont frappé plus d’une fois un individu qui ne se conforme pas, et ce sont aussi eux qui ont fait partie (directement ou avec complicité) aux agressions, comme les « citations à comparaître », les registres, et les détentions.

Je ne crois pas non plus que ce soit correct de croire à une espèce « d’homologation morale » entre un policier de la PNR et n’importe quel membre de l’opposition ou de la société civile indépendante. Ce sont ceux de la PNR qui ont été obligés de nous menotter et de nous conduite dans leurs voitures de patrouille, les mêmes qui, quotidiennement, extorquent les travailleurs indépendants, les retraités et ces millions de Cubains qui se voient dans l’obligation de frauder pour survivre. La PNR est pourrie par la corruption des fondations jusqu’au toit. Ses agents, entraînés à la violence, à la menace et à l’intimidation , sont ceux qui ferment les rues lorsque se déroulent les meetings de répudiation, ce sont eux qui protègent les agresseurs alors qu’ils laissent les opposants dans une profonde solitude, ils sont en définitive les pièces d’une machine gouvernementale qui sert à faire suffoquer les aspirations de liberté des Cubains.

Ne nous trompons pas : autant la PNR que la police politique sont des pions essentiels de la dictature, je croirai la légende de la PNR « bonne » le jour où les agents vêtus de bleu refuseront d’obéir aux ordres donnés par la police politique, lorsqu’ils refuseront de matraquer l’opposition pacifiste, ou qu’ils s’insurgent massivement contre une institution dont l’unique raison d’être est de réprimer et d’extorquer. Dans le contexte cubain, où la survie dépend du vol, être policier implique nécessairement se mettre le peuple à dos ; pour cela, on ne peut pas être un flic et un gentil à la fois.

Et qu’un vendu ne vienne pas me voir pour me dire qu’il s’agit d ’un coup bas envers les « guajiritos », il s’agit d’ouvrir le passage dans la capitale ou dans d’autres villes de Cuba, les phrases du style « ils sont tout jeunots » ou « pauvres ignorants sans une conscience claire de ce qu’ils font" et ne venez pas me dire qu’ils « suivent juste les ordres ». Ça ne me convient pas. La majorité des « guajiros » que je connais sont des bosseurs, fières et incapables de s’en prendre à un autre Cubain. Le sentiment de la dignité n’est pas privatisé par n’importe quel groupe étatique et encore moins l’ignorance n’exonère personne de sa responsabilité civique. Peut-être qu’un jour, ceux de la PNR devront répondre de leurs actes. Alors, nous verrons combien de ces « gentils » policiers seront aptes à nous montrer une feuille de service véridiquement vierge de tout délit.

Traduit par : Aïda

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Par : Miriam Celaya | 31 août 2012 | Sin EVAsion

Cette semaine dans la presse officielle on a publié un long communiqué de presse du Ministère de Santé Publique (MINSAP) intitulé «propagation d’infection intestinale par pollution des eaux », qui s’étend à la région orientale de Cuba depuis deux mois, avec un total de trois morts et moins de 500 malades, selon des informations officielles. À en juger par les médias, le choléra est passé et s’en est allé de l’île, sans dommages importants. En effet, il semble que (disparu ou pas) ce qui n’a pas pu être une épidémie d’ampleur dévastatrice dans un pays où l’insalubrité s’est généralisée, a été relativement contrôlée.

Toutefois, ce que ne dit pas la note du MINSAP c’est l’aggravation de ce qui était une épidémie récurrente qui continue à gagner du terrain : la dengue. La presse n’en fait pas écho malgré les proportions de l’actuelle épidémie qui touche pratiquement tout le pays. Dans la capitale, on maintient une campagne active, dirigée par les Forces Armées, qui inclut une mobilisation du personnel médical et des auxiliaires qui travaillent les sept jours de la semaine, avec des horaires effrayantes.

De toutes manières, on n’observent pas d’avances au niveau du contrôle et de l’éradication de la dengue. Un élément qui intente à toute la perception du risque de la part de la population est précisément due à un manque d’information sur le sujet.

En même moment, la saison des pluies a été féconde cette année, sans compter les précipitations les plus récentes qui nous ont apporté la tempête tropical Isaac et l’ouragan Sandy (actualisation), ce qui s’ajoute au mauvais état des réseaux hydrauliques (je vous invite à faire des recherches sur les investissements étrangers qui misent sur les réseaux havanais), la prolifération des terrains vagues, l’accumulation de déchets et les centres d’étude et de travail fermés à cause de la période des vacances, sans être contrôlés ou du moins inspectés par les personnels comptants, tout ceci offrant un espace propice à l’augmentation des foyers pour ces mouches qui transmettent la maladie.

Un exemple : rien que dans la zone correspondant à la Polyclinique Van Troi (avenue Carlos III, dans le centre de la Havane), on comptent chaque jour entre 4 et 5 nouveaux cas de dengue. Dans la capitale, il y a 3 hôpitaux de quarantaine pour patients jugés « délicats », cependant ceux qui contractent la dengue de type classique (moins grave), sont renvoyés chez eux par les médecins : un système qui réduit les coûts d’hospitalisation mais augmente considérablement le risque de contagion au sein de la communauté. Pendant ce temps, la dengue semble être un autre secret pour l’État. Les autorités sont plus intéressées à maintenir l’affluence de touristes étrangers que de sauvegarder la santé de la population. Peut-être qu’un jour cette situation se retournera contre lui, mais en attendant, c’est nous qui payons l’addition.

Traduit par : Aïda

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Le biocarburant… épilogue de la « révolution énergétique »

Par : Miriam Celaya | 14 septembre 2012 | Sin EVAsion

On dit que la nécessité est la mère de l’invention, maxime qui pourrait expliquer la proverbiale célébrité des « inventeurs » cubains, toujours soumis aux nécessités. Cependant, l’invention est un processus qui, pour être une source de bien être et progrès requiert certaines ressources matérielles et des libertés citoyennes, au-delà de l’imagination, de l’intelligence ou des volontés de faire, le contraire devient une régression.

C’est ainsi que la célèbre inventivité cubaine -au moins durant la dernière moitié de siècle- s’est manifestée fondamentalement dans la philosophie de la misère, où chaque invention est inspirée, non pas par la création de quelque chose de véritablement nouveau et révolutionnaire (et ici le terme se réfère à l’aspect technique), mais plutôt par la réforme ou amoncellement de vieux équipements déjà inventés ou -comme nous disons généralement- par la découverte d’eau tiède, qui consiste à reprendre ce qui fut une nouveauté au XIXe siècle et l’utiliser dans notre indigence actuelle quotidienne. Les exemples sont nombreux, mais récemment le journal Granma (daté du mercredi 12 septembre 2012, page 3) nous a offert une de leurs innombrables pirouettes qui, en plus, dans la presse officielle se présentent comme un paradigme de l’efficience. « Ils obtiennent à Pinar del Río… du biocarburant dans des sacs », c’est le titre d’un long article qui prend la moitié de la page où nous apprenons, au travers d’un ton visiblement optimiste, qu’ils versent le biocarburant dans des sacs en plastique « c’est déjà un succès à Pinar del Río », chose nouvelle, même si ce n’est qu’une expérience « isolée », mais qui « pourrait devenir une innovation de grande utilité ».

Il est connu que le biocarburant est hautement inflammable, de fait que le rédacteur de l’article s’empresse de nous tranquilliser : il s’agit (dit l’inventeur de l’initiative) d’un procédé sécurisé, puisque le biocarburant peut être distribué dans les mêmes sacs en plastique qu’utilise l’Usine de Conserves La Conchita pour la conservation de la pulpe de tomate, lesquels sont « fermés hermétiquement, très résistants et capables de supporter de très hautes températures ». Il ajoute que « avec eux, il n’y a aucune nécessité de comprimer le carburant et ainsi, le procédé est plus simple et plus efficace ». Affirmer la facilité est un automatisme dans lequel chaque dispositif (sac) met environ 30 minutes à se remplir et « transporte le biocarburant suffisant pour qu’une famille de trois personnes puisse cuisiner pendant deux jours ».

Même si l’utilisation du biocarburant n’est pas une découverte récente, et qu’il est utilisé dans de nombreuses expériences non-industrielles dans plusieurs régions de la planète, le papier regorge d’éloges sur ses avantages. Parmi eux, le journaliste nous rappelle qu’il s’agit d’une source d’énergie renouvelable, bénéfique à l’environnement contrairement au pétrole qui, lui, provoque la pollution par CO2 et permet de faire des économies à la famille en diminuant sa consommation d’électricité. L’idée est de substituer la consommation d’énergie fossile et électrique pour la cuisson des aliments, et comme la majorité des foyers cubains utilise l’électricité pour cuisiner, le biocarburant s’adresse à la majorité des Cubains, grâce à la fameuse Révolution Énergétique (vous vous souvenez?!) promise depuis quelques années par l’Innombrable… (vous vous souvenez encore de lui??!!)

Mais, fondamentalement, l’article fait la pub de l’innovation du récipient du biocarburant, les sacs plastiques, un procédé qu’il décrit aussi simplement qu’il permet d’étendre son exploitation en prescrivant des installations de conduction du biocarburant du site de collecte jusqu’aux cuisines des maisons, et en même temps, ce système évite les complications sanitaires potentielles.

Comme illustration, l’article nous offre un petit tableau qui montre les avancées indiscutables de l’invention générées grâce à la créativité d’un inventeur cubain pour résoudre un problème local et que la presse officielle présente comme un palliatif à la crise énergétique que subissent des centaines de milliers de foyers cubains. Le tableau dit textuellement ceci : On estime qu’un mètre cube de biocarburant jeté dans l’atmosphère sans combustion équivaut à une tonne de CO2.

En échange, son existence permettra de cuisiner trois repas pour cinq personnes ou générer une énergie équivalente à 0,5 litres de diesel, 0,6 de kérosènes ou 1,6 KW/h d’électricité. Pour cela, selon la bibliographie consultée, il suffit de récolter une journée d’excréments de trois vaches, quatre chevaux, neuf cochons, dix dindes ou 130 poules.

J’ai ici, mesdames, messieurs, le quid de l’éducation… Ou mieux encore, l’essence de l’innovation cubaine. Il s’avère que l’invention est véritablement économique, elle ne requiert que la volonté du consommateur de biocarburant, qu’il trouve le moyen de se procurer un de ces sacs plastique d’une usine de conserves la plus proche de chez lui, ce qui n’est peut-être pas très difficile s’il y travaille, si l’administrateur de l’usine est un de ses amis -auquel cas il pourrait disposer des ressources de l’État- ou s’il accepte de les lui vendre à un prix raisonnable (concept étrange pour Cuba). Le petit inconvénient est de faire la chose avec les trois vaches, les quatre chevaux, les neuf cochons, les dix dindes ou les 130 poules, dont les recettes digestives garantiraient la survie d’une famille pour trois repas, en ne dépassant pas les cinq personnes.

En d’autres mots, le caca serait la voie la plus rapide pour mettre la table. L’autre serait de prier pour qu’aucun invité surprise n’apparaissent, ce qui altérerait la scrupuleuse planification du sac de biocarburant de la famille. Même si, en y pensant bien, il y aurait toujours l’option de faire une rapide collecte de matière première avec l’aide de volontaires au sein de la famille et du voisinage, faisant ainsi honneur à la réputation généreuse des Cubains. Il me reste cependant une préoccupation : un autre innovateur (de génie?!) pourrait découvrir la manière de faire de cette ressource un produit encore plus productif et efficace à partir de l’utilisation de quelque diurétique… Sauve qui peut !

Traduit par : Aïda

 

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Par : Miriam Celaya | 1 octobre 2012 | Sin EVAsion

Cette image illustre comment le journal officiel Jeunesse Rebelle voyait une « fête » cederista.

Telle qu’a été la tendance de ces dernières années, les « fêtes » cederistas des nuits du 27 septembre sont venues grossir la liste des éphémérides révolutionnaires en voie d’extinction. Juste par coïncidence, pour des questions personnelles, je parcourais la ville jeudi dernier et j’ai pu évaluer comment la plus grande apathie a conquit les quartiers de la capitale, se substituant avec un silence scandaleux aux anciennes célébrations pendant lesquelles les voisins cederistas partageaient dans la rue la bouillie élaborée avec les ressources disponibles (quelque fois une tête de porc ou une autre partie de l’animal), des viandes récoltées chez les voisins, et les remerciements enthousiastes aux révolutionnaires du quartier, devant une tarte et le sempiternelle et fétide mélange de rhums. Rien de plus éloquent aujourd’hui que cette capitale, obscure et muette, à la veille de la célébration révolutionnaire la plus populaire, celle qui il y a encore peu de temps, félicitait la fondation d’une organisation conçue par le pouvoir pour que les Cubains se dénoncent mutuellement, pour agrémenter cet État policier de surveillance au service d’une dictature qui, comme toute autocratie, dénigre ses partisans. Plus personne ne s’extasie dans les quartiers et les banderoles multicolores se font rares et à peine quelques fidèles persistent en affichant le drapeau cubain sur leurs balcons, parce que durant des décennies on a essayé de faire croire que cubain et cederista c’étaient la même chose, et on n’avait pas encore compris que c’est justement l’inverse.

Les rares feux de bois que j’ai vu était le spectre pathétique des jours d’antan, le seul prétexte pour que les ivrognes du quartier, ceux dont personne ne veut, s’enivrent gratuitement en plein milieu de la rue et remplissent l’estomac vide avec un peu de bouillon chaud.

Si on fait un bref calcul des signes, on peut remarquer que toutes les manifestations massives qui donnaient une valeur scénique à la révolution des Castro ont disparues; les défilés « combattants », les travaux bénévoles, les patrouilles nocturnes des cederistas, les dons de sang marathoniens, les récoltes de matière première, et plus récemment, ces fêtes. La décadence s’étend jusqu’à la sympathie populaire pour la dictature, elle n’est plus spontanée, elle n’est plus gratuite. Je ne sais pas où étaient les révolutionnaires havanais ce 27 septembre, mais certainement, ils comprennent qu’ils n’ont plus grand chose à célébrer.

Traduit par : Aïda

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6 août 2012

Logo crée par Garrincha pour la campagne

Il y a quelques semaines a émergé le document “Pétition citoyenne pour une autre Cuba”, signé par des centaines de Cubains de l’île et de la diaspora, qui exigent au gouvernement la mise en pratique immédiate des garanties légales et politiques stipulées dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à travers la ratification de la signature des Pactes des Droits Politiques et Civiques et des Droits Économiques, Sociaux et Culturels, qui furent signés par les autorités cubaines le 28 février 2008 à New York, et qui pour le moment restent de la poudre aux yeux pour tous les Cubains.

Cette pétition fut déposée au siège de l’Assemblée Nationale en tant que preuve de l’attachement aux droits que nous octroie la Constitution de Cuba, ainsi que la volonté définitive de lutter pour les changements qui permettent une transition démocratique sur l’île.

Conjointement à la Pétition Citoyenne, une campagne d’ampleur nationale a vu le jour pour récolter la signature des citoyens cubains qui considèrent qu’il est en leur pouvoir de se joindre à une telle action civique. Il s’agit d’une action légale reconnue par la Constitution, par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme -dont Cuba fut un des pays témoins de la création et signataire- et des Pactes référents.

Il est urgent que les Cubains comprennent que les changements que nous voulons ne pourront être atteindre uniquement par nos propres moyens. Nous savons que le gouvernement n’est pas prêt de répondre à nos réclamations. Nous savons que les forces répressives vont s’activer encore plus contre les activistes civiques qui mènent cette campagne; mais -au-delà du nombre de signataires et de la réaction officielle- il s’agit, surtout, d’une action morale urgente. Ceci est une action qui réclame la présence de tous les Cubains, affranchis de leurs idéologies, de leurs sympathies politiques et de leurs croyances religieuses.
Il s’agit de sauver le civisme et notre honneur. Dans les mois qui viennent, la campagne “Pour une autre Cuba” développera d’autres initiatives de caractère culturel et civique : concerts, performances… Nous espérons que tous les Cubains qui ont une conscience démocrate nous appuient et nous aident à divulguer tant les activités de la campagne que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et en particulier les Pactes référents. Il faut précisément que chaque Cubain connaisse ses droits et les utilise.

Qui sait, peut-être que nous sommes aux prémisses d’un plébiscite en faveur de la liberté et de la démocratie à Cuba!

Traduit par : Aïda

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Hommage à Payá

 

23 juillet 2012
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Un bout d’espoir est mort pour Cuba. Oswaldo Payá Sardiñas a été victime d’un terrible accident de voiture qui lui a été fatal, et dont les circonstances sont encore à éclaircir. Cuba agonise alors qu’elle continue a perdre ses meilleurs enfants, se vidant de ses ressources à cause de l’immigration incontrôlable, de la corruption galopante, des méfaits d’une dictature prolongée qui a sucé la moelle de quatre générations, et qui a connu des pertes immenses dont elle d’un Cubain vaillant, qui nous fend le cœur.

Je n’ai pas toujours partagé les points de vus de Payá, il y a même eu des occasions où j’ai été plutôt critique vis-à-vis de ses propositions. Si c’était à refaire, je le referai; mais j’ai toujours respecté cet homme plein de volonté, d’esprit, et d’engagement. J’admire surtout son courage et sa foi en une Cuba meilleure, le rêve auquel il a dédié tant d’énergies et de sacrifices durant tant d’années, trop peut-être au regard de ceux qui tournent aujourd’hui le dos et regardent ailleurs. Tous les leaders de l’opposition n’ont pas tous eu le mérite d’affronter le pouvoir sans flancher, sans abandonner la lutte ou sans succomber. C’est pour cela qu’aujourd’hui est un jour particulièrement déchirant. Dans une paroisse havanaise apparaît le corps d’un homme dont la principale arme fut la foi en Dieu et l’amour pour Cuba, je m’incline face à sa mort.

Je vois des gens marcher dans les rues sans même savoir qu’un Cubain essentiel vient de mourir; et sûrement que les fonctionnaires de la terreur, lâches et mesquins sont, eux, en train de festoyer dans leurs bureaux. Mais, ressentir de la rancoeur, là, maintenant, ce serait profaner la mémoire de ce militant pour la paix. C’est réconfortant de savoir que Payá avait déjà conquit les cœurs de son vivant; ainsi, sa mort ne suffira pas à le faire taire. Il aurait voulu qu’on compte sur lui dans le futur de cette démocratie qui naîtra un jour, plus pour très longtemps, parce que nous avons besoin de leaders de son calibre dans une nation qui est orpheline de valeurs humaines.

Pourvu qu’il y ait beaucoup d’autres hommes comme lui, si seulement il n’était pas mort. Voilà ici un adieu, et un petit hommage que j’aurais préféré ne jamais devoir faire. Mais pour que la mort ne triomphe pas, remercions Oswaldo Payá pour sa vie, et que Dieu lui accorde une place à sa droite, là où se tiennent les hommes justes.

Traduit par : Aïda

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16 juillet 2012 

Il y a quelques semaines, un ami me raconta à quel point il avait été surpris de tomber sur “une collaboration” que j’aurais faite avec le magasine en ligne Socialisme Participatif et Démocratique (SPD). Comme ce mec est un blagueur né, j’ai cru qu’il s’agissait d’une de ses blagues, mais il m’a juré qu’il parlait sérieusement. De plus, il me dit, qu’il y avait même une petite note qui spécifiait que j’avais donné mon autorisation à sa publication. Comme ceci était un mensonge, j’ai décidé d’aller moi-même faire un tour sur ce site, quand j’aurai le temps pour me connecter à internet, il m’a donc fallu attendre quelques semaines.

En effet, mon ami avait raison : dans ce numéro du magasine SPD, le numéro 100, en date du 1er juin 2012, apparaît l’article écrit pas mes soins “Et, cependant, qui ce serait” que j’avais écrit pour le Diario de Cuba, en mai dernier, dans lequel il avait bien été publié. Peu après, j’ai copié/collé cet article sur mon blog Sin EVAsion, où il a sûrement été repris pas l’équipe du SPD, qui n’ont même pas pris la peine de mentionner la source, malgré l’explication que j’avais donné sur le blog : ce travail avait été initialement publié dans le Diario de Cuba, avec lequel, OUI, je collabore.

Je dois faire une parenthèse. Je ne m’oppose pas, dans l’absolu, à ce qu’un espace que je considère comme pertinent, publie un de mes articles figurant sur internet, et cela vaut aussi pour le Magasine SPD, mais c’est la moindre des choses que de citer la source originale. De fait, je me considère flattée que l’on prenne un de mes textes. Cependant, comme il s’agit ici d’un blog à fonction idéologique avec lequel je ne suis pas en accord, et qu’il est hors de question que je me taise sur une telle usurpation concernant ma personne, je me vois dans l’obligation de blanchir mon nom, et d’éclairer le sujet. Je n’ai jamais collaboré avec le Magasine SPD, jamais aucun de ses journalistes ne m’a contacté pour un quelconque travail et je ne me sens en rien attirée par ce militantisme bolchévique d’un espace depuis lequel on a l’habitude de fustiger la propriété privée, le capital et la prospérité, des éléments que, contrairement à eux, je défends.

Je considère particulièrement irrespectueuse la note finale qui affiche “Cet article est publié dans SPD, avec le consentement de son auteure”. En plus de la ponctuer d’une virgule, cette note ment : personne ne m’a demandé mon autorisation, et je ne l’ai pas non plus donnée, ni directement ni indirectement. Les animateurs du SPD mentent, sauf s’il s’agit d’un malentendu entre eux, puisque celle qui a écrit le texte n’a pas été consultée. Pire encore, comme conséquence de ce “manque d’attention” la propagation d’une autre conversation informelle et fallacieuse qui dit que “Miriam Celaya collabore avec le Magasine SPD”.

Je nie en bloc. La fausseté est aussi inhérente au socialisme “participatif et démocratique” ? C’est un comportement typiquement socialiste que de prendre arbitrairement ce qui appartient à l’autre ? Dans tous les cas, à ce point là, mentir ne devrait plus être une option pour un collectif formé fondamentalement par des ex-fonctionnaires suffisamment expérimentés, avec des CV chargés et une longue expérience; ceci n’est pas sérieux, et je ne participe pas à cela.

Enfin, si je me sens obligée de rectifier ce qui est affirmé par le Magasine SPD ce n’est pas par hostilité mais par un soucis de vérité. Je m’empêche tellement de mentir comme de nourrir les mensonges des autres par mon silence; d’autre part, il serait déloyal de ma part envers les personnes qui gèrent mon autre espace très sérieux et responsable, le Diario de Cuba, qui m’honorent en publiant les articles inédits que je leur envoie de temps en temps, ou qui ont la délicatesse de citer la source quand ils reproduisent un texte pris sur mon blog. Je suppose qu’on perçoit la subtile différence qu’il y a entre les uns et les autres.

Pour terminer, je prierait les militants du SPD de bien vouloir supprimer la note finale qui barbouille de malhonnêteté non seulement mon humble article -qui, a dire vrai, n’est pas un joyaux journalistique- mais aussi leur propre journal; ou du moins, ils pourraient éclaircir les choses en disant qu’il a initialement été publié sur le Diario de Cuba. Si cette réclamation leur semble inopportune, il leur reste toujours la possibilité de supprimer de leur site l’article en question, qui en fin de compte n’apporte absolument rien au socialisme contrairement à ce que ses animateurs théoriques (et non cette blogueuse irrévérente) prétendent recycler. Je vous laisse en paix.

Traduit par : Aïda

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Vendeurs ambulants avec leurs charrettes à La Havane. Image prise sur un site internet.

 On dit que Dieu écrit droit sur des lignes tordues. Moi je dirais plutôt que Dieu devrait nous donner des cours intensifs de calligraphie. Cela fait un demi-siècle que nous vivons  sur des lignes tordues et rien annonce que les lignes vont s’aplatir. Plus la confusion est grande, pendant que les médias de la presse officielle parlent plus  de "clarté et de transparence", plus les eaux sont troubles. Toutefois, certains ingénus se demandent quand est-ce-qu’ils vont appliquer toutes les directives prises lors du VIème Congrès du Parti Communiste Cubain, comme si ces dernières constituaient une espèce d’exhortation qui changerait le chaos et la misère en ordre et prospérité. Quatorze mois après la réunion quasi-secrète des druides, nous continuons d’avancer d’un pas ferme vers l’abysse qui prédirait tardivement l’écume ascendante du bateau déglingué, par l’œuvre et grâce à une certaine coïncidence d’ADN avec son prédécesseur.

C’est ainsi que se passent les choses, nous avons ici un "président réformiste" dont les innovations ont seulement réussi à raréfier plus encore le climat  social et raréfier la vie des supposés favorisés par les réformes, apparemment le peuple. Parmi les réformes les plus connues du nouveau paresseux octogénaire vert-olive, on trouve, par exemple, la libéralisation de la vente de produits agroalimentaires par des vendeurs ambulants, nommés avec l’élégant terme de "charretiers", et cela est dû aux accrédités qui ont des autorisations pour compléter leur chômage. Les charretiers devaient multiplier la variété des produits proposés pour calmer la population affamée de la ville (et ils le faisaient véritablement) et, en même temps, provoquer un effet de chute des prix qui permettrait aux gens normaux de lever le nez d’un demi centimètre de la superficie d’insolvabilité qui les asphyxie. Mais cela n’a pas été possible pour plusieurs raisons (ou, plutôt, injustices). Parmi lesquelles, l’obstacle qu’impliquent les taxes d’impôts élevées, et les innombrables amendes dont le montant minimum est de 500 pesos, dans la mal nommée "monnaie nationale"(CUP). Amendes appliquées par une équipe d’inspecteurs étatiques minutieux devant laquelle toute infraction minime, ou suspecte pour elle, comme par exemple, dirons-nous, de maintenir la brouette stationnée à un même endroit depuis trop longtemps (la durée n’est pas définie), ou de ne pas pouvoir expliquer la provenance de l’engin roulant ou simplement des roues du susdit engin utilisé par le charretier. Comme conséquences  et d’autres obstacles du "signe" de prospérité lancé par l’évasif président, a seulement signifié moins de pouvoir d’achat pour la population et un nombre élevé de corrompus. C’est à dire, d’"inspecteurs".

Ce qui est le plus sarcastique dans cette affaire, c’est que beaucoup d’amis étrangers qui nous rendent visite, perçoivent la prolifération des vendeurs et des petits commerces comme un signe de prospérité et non comme l’écran de fumée qui cache une bataille qui se passe dans les coulisses : les vendeurs de timbiriches* luttant pour survivre et évoluer, et les autorités qui s’obstinent à empêcher la prospérité et le réveil d’une vraie classe moyenne indépendante. Le chat et la souris, maintenant avec une autorisation pour garder des apparences de légalités des uns et les bonnes intentions des autres. Je vois que le gouvernement a réussi à avoir une nouvelle source de revenus : légitimer le potentiel délinquant et gagner de l’argent sur les inévitables infractions. C’est tordu et pervers mais on ne peut pas nier son coup de génie.

L’ouverture de la palette de commerces par des auto-entrepreneurs est aussi devenue un autre problème pour ce qu’on avait supposé être une solution. L’absence de marchés majoritaires et l’instabilité de l’offre de quelque produit dans le marché minoritaire ont apporté comme résultat un déséquilibre hallucinant dans les prix de quelques uns d’entre eux. Pour ne citer qu’un exemple, ces dernières semaines, acquérir une serpillière est devenu une chimère inaccessible pour les bourses les plus modestes : le produit, avec un prix qui avait déjà augmenté à 0,90 CUC (équivalents à 21,6 pesos CUP)  a disparu subitement des rayons des magasins percepteurs de devises (MPD). Dans ces cas-là, on peut uniquement s’en procurer à 40 pesos CUP chez les vendeurs ambulants avec ou sans autorisation, c’est à dire, au double du prix officiel.

Mais il résulte aussi dans les directives annoncées, une croisade contre la corruption et les illégalités, ce qui signifie qu’on prétend en finir avec le peuple de Cuba, dans sa totalité. Parce que, qui, dans ce pays, ne viole pas constamment la légalité, en commençant par le gouvernement lui-même ? Quel Cubain lambda survit si ce n’est en marge de la loi ? Que lève la main celui qui n’a pas une seule fois acheté un produit au marché noir -en partant des comestibles, des médicaments, des produits d’hygiène et de nettoyage, des articles de bureau et n’importe quoi d’autre, etc.. jusqu’à une maison, une voiture, un billet d’avion..-, qu’il se mette debout, celui qui n’a pas soudoyé un fonctionnaire de n’importe quel secteur de l’administration pour en obtenir un avantage, depuis une ligne téléphonique ETECSA jusqu’à un CDD, une inscription universitaire, une prothèse dentaire, ou un intervention chirurgicale; qui n’a pas loué des films dans des magasins clandestins ou qui n’a pas parier au jeu clandestinement. Et c’est à Cuba que le fait de monter dans un bus par la porte arrière constitue un délit. Il n’est donc pas surprenant que, ces derniers temps, la presse officielle fasse l’écho de l’avalanche de violations de la loi qui sont détectées par le Contrôleur de la République, sauf que ces purges, plutôt que de marquer la fin de l’impunité, sont en train de révéler la corruption incontrôlable et irréversible du système, du sommet jusqu’aux fondations.

Il semble toutefois qu’il y ait un long chemin avant d’annuler la double monnaie, une autre des promesses du conclave des communistes d’avril 2011, et c’est la même chose avec les reformes phares -et attendues- sur les flux migratoires, qui sont toujours reportées ou en phase d’«étude» (nos dirigeants sont un peu lents en matière d’apprentissage). Plusieurs autres promesses majeures ont grossi la silhouette de crédibilité du gouvernement, ce qui montre qu’il n’y aura pas de vrais changements tant que les propositions viennent du pouvoir. En définitive, il est clair que les dictateurs de toujours, ne réussissent qu’à gagner du temps… et nous leur en donnons. En réalité, nous n’avons pas besoin de directives, mais des droits; et ceux-là ne sont pas compris dans le paquet déprimant de mesures gouvernementales.

*timbirichi o timbiriche : fruit originaire du Mexique, utilisé pour les boissons rafraîchissantes et des réparations de boissons alcooliques.

 Traduit par : Aïda

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(Article initialement publié dans le Journal de Cuba, le 28 mai 2012)

Ces derniers jours, un ami m’a envoyé par e-mail plusieurs articles intéressants qui, en général, tournent autour du thème de l’utilisation d’internet et de son rôle dans les mouvements sociaux. Comme tous les sujets qui m’intéressent et me touchent, j’ai voulu partager avec les lecteurs quelques commentaires.

Internet, les blogs, les réseaux sociaux, le journalisme citoyen, font partie d’un phénomène des temps nouveaux où l’envol des technologies de l’information et des communications envahit chaque aspect de la vie quotidienne, plus directement dans les pays où il y a un accès important à celles-ci. Au vue des événements qui sont arrivés au nord de l’Afrique durant le nommément "printemps arabe", rares sont ceux qui ont montré l’importance des médias numériques comme étant un véhicule libérateur dans le renversement des régimes dictatoriaux. Les détracteurs n’ont pas manqué de critiquer l’usage frauduleux de ces mêmes moyens par des "intérêts externes" et non pas comme reflet des aspirations des multitudes impliquées, qui ont déterminé les rebellions qui se sont succédées comme une épidémie. C’est internet ou ce sont les forces civiques qui ont déclenché dans l’actualité les processus de changements ? Ils sont mutuellement exclusifs ou ils se complètent ? C’est évident que quand il s’agit de mesurer l’impact d’un facteur dans les processus sociaux, habituellement, les opinions sont des extrêmes opposés.

Toutefois, dans le cas de Cuba, un pays avec un niveau misérable de connectivité, quelle est l’importance des réseaux sociaux, des blogs et de l’utilisation d’internet, en général? Aucune et, en même temps, grande.  Les nouvelles technologies peuvent-elles aider à tracer une route et déterminer des changements démocratiques sur l’île ? Oui, et non.

La contradiction n’est qu’apparente. En ce qui concerne la première question et étant donné le niveau quasiment nul d’accès du peuple cubain aux réseaux, il semblerait qu’ils ont la même nullité face aux changements que nous avons besoins de promouvoir sur l’île. Cependant, on peut dire que la pertinence de l’émergence de la blogosphère alternative et la soudaine prolifération des réseaux sociaux, en dépit des difficultés de connexion et du retard technologique, -y compris les services limités de la primitive téléphonie mobile- constituent pratiquement l’unique défi possible au monopole de la presse et des médias d’information et diffusion appartenant au gouvernement.

Le manque de liberté de la presse et d’expression, ainsi que d’association, a donné lieu à la concurrence d’expression de pensée indépendante en ligne, avec un succès relatif. En outre, ces espaces de liberté en ligne (indirecte, impersonnelle, ou comme vous voulez l’appeler) ont été les précurseurs d’autres types de rencontres qui deviennent permanentes : les attaches personnelles et directes entres différents acteurs et groupes de la société civile indépendante qui créent des bulles de démocratie au milieu d’une société asphyxiée par l’apathie qui dérive de l’accumulation de carences et de frustrations. Le signe de son importance est précisément dans la contradiction entre la faible connectivité que nous avons et l’intérêt croissant, et qui incite à la prise de conscience et à l’utilisation des réseaux.

Cela nous dirige vers la deuxième question. De toute évidence, internet met entre nos mains un outil très utile. Il y a cinq ans, la plupart d’entre nous qui aujourd’hui sommes blogueurs, n’imaginions même pas le niveau de réponse que nous allions recevoir -non seulement de nos lecteurs, mais aussi par les censeurs zélés et des oppresseurs du gouvernement-, ni l’engagement que nous étions en train d’assumer avec l’ouverture de nos blogs respectifs. Le harcèlement dont souffrent les réseaux alternatifs et les blogs de la part des autorités et le fait que le gouvernement ait ordonné la création d’une blogosphère officielle avec la mission explicite de contrecarrer les effets des blogueurs indépendants, montre que l’utilisation d’internet n’est pas sans danger pour la dictature. D’autre part, les réseaux nous ont permis en très peu de temps, d’établir des liens et de construire des ponts entre Cubains de tous les bords, de nous rapprocher en combattant les méfiances mutuelles, de se passer des interlocuteurs et des autorités, et de nous retrouver entre nous, condition préalable et nécessaire à la reconstruction de la société civile pratiquement disparue après des décennies de totalitarisme. La volonté de changements dans certains secteurs sociaux s’est clairement rendue visible, grâce, seulement, à l’utilisation d’internet.

Cependant, l’utilisation des nouvelles technologies d’information et de communications n’implique pas en soi l’unique clé du succès dans la poursuite de la démocratie. L’outil ne peut pas remplacer la volonté humaine et en aucun cas son utilisation ne signifie pour les Cubains de l’île une fin, mais seulement un moyen accéder à un avenir indéterminé, à l’exercice des pleines libertés. Compter sur un accès majeur ne constituerait pas une solution définitive mais plutôt un chemin pour trouver ces solutions qui passent par la nécessité de donner plus d’importance à l’information entre les Cubains; favoriser les rencontres, l’échange d’idées et d’opinions et de développer quelque chose qui, sans doutes, a permis à un nombre croissant de libre-penseurs de dépasser les limites virtuelles fixées par les bytes et nous rencontrer face à face pour débattre de nos propositions et renforcer nos espoirs. Nous avons commencé à passer au-dessus des réseaux et avons continué à être de plus en plus nombreux sur les réseaux et en dehors.

Pour nous, ceci implique peut-être une phase nécessaire : utiliser les réseaux, non pas seulement comme outil d’information et de libre circulation d’idées, mais aussi pour reproduire de l’espoir. Et de même qu’internet et les réseaux sont possiblement ce qui est de plus subversif qui soit arrivé à Cuba ces derniers temps. Rien de plus dangereux pour une dictature décadente que l’espoir renaissant d’un peuple zombi. Certainement que la liberté ne reviendra pas sur l’île exclusivement par le biais d’internet, mais sans aucuns doutes, on ne peut plus parler du futur de la transition démocratique à Cuba sans mentionner le rôle joué par le journalisme numérique indépendant, par les blogs et par les réseaux sociaux.

Traduit par : Aïda

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