• Accueil
  • About

Sans évasion

Une traduction du blog de Miriam Celaya de La Havane, Cuba

Feeds:
Articles
Commentaires
« Internet, ça compte ou ça compte pas ?
Transparence de presse au style Castro »

Directives non, liberté citoyenne

juin 12, 2012 par laitrep

Image

Vendeurs ambulants avec leurs charrettes à La Havane. Image prise sur un site internet.

 On dit que Dieu écrit droit sur des lignes tordues. Moi je dirais plutôt que Dieu devrait nous donner des cours intensifs de calligraphie. Cela fait un demi-siècle que nous vivons  sur des lignes tordues et rien annonce que les lignes vont s’aplatir. Plus la confusion est grande, pendant que les médias de la presse officielle parlent plus  de "clarté et de transparence", plus les eaux sont troubles. Toutefois, certains ingénus se demandent quand est-ce-qu’ils vont appliquer toutes les directives prises lors du VIème Congrès du Parti Communiste Cubain, comme si ces dernières constituaient une espèce d’exhortation qui changerait le chaos et la misère en ordre et prospérité. Quatorze mois après la réunion quasi-secrète des druides, nous continuons d’avancer d’un pas ferme vers l’abysse qui prédirait tardivement l’écume ascendante du bateau déglingué, par l’œuvre et grâce à une certaine coïncidence d’ADN avec son prédécesseur.

C’est ainsi que se passent les choses, nous avons ici un "président réformiste" dont les innovations ont seulement réussi à raréfier plus encore le climat  social et raréfier la vie des supposés favorisés par les réformes, apparemment le peuple. Parmi les réformes les plus connues du nouveau paresseux octogénaire vert-olive, on trouve, par exemple, la libéralisation de la vente de produits agroalimentaires par des vendeurs ambulants, nommés avec l’élégant terme de "charretiers", et cela est dû aux accrédités qui ont des autorisations pour compléter leur chômage. Les charretiers devaient multiplier la variété des produits proposés pour calmer la population affamée de la ville (et ils le faisaient véritablement) et, en même temps, provoquer un effet de chute des prix qui permettrait aux gens normaux de lever le nez d’un demi centimètre de la superficie d’insolvabilité qui les asphyxie. Mais cela n’a pas été possible pour plusieurs raisons (ou, plutôt, injustices). Parmi lesquelles, l’obstacle qu’impliquent les taxes d’impôts élevées, et les innombrables amendes dont le montant minimum est de 500 pesos, dans la mal nommée "monnaie nationale"(CUP). Amendes appliquées par une équipe d’inspecteurs étatiques minutieux devant laquelle toute infraction minime, ou suspecte pour elle, comme par exemple, dirons-nous, de maintenir la brouette stationnée à un même endroit depuis trop longtemps (la durée n’est pas définie), ou de ne pas pouvoir expliquer la provenance de l’engin roulant ou simplement des roues du susdit engin utilisé par le charretier. Comme conséquences  et d’autres obstacles du "signe" de prospérité lancé par l’évasif président, a seulement signifié moins de pouvoir d’achat pour la population et un nombre élevé de corrompus. C’est à dire, d’"inspecteurs".

Ce qui est le plus sarcastique dans cette affaire, c’est que beaucoup d’amis étrangers qui nous rendent visite, perçoivent la prolifération des vendeurs et des petits commerces comme un signe de prospérité et non comme l’écran de fumée qui cache une bataille qui se passe dans les coulisses : les vendeurs de timbiriches* luttant pour survivre et évoluer, et les autorités qui s’obstinent à empêcher la prospérité et le réveil d’une vraie classe moyenne indépendante. Le chat et la souris, maintenant avec une autorisation pour garder des apparences de légalités des uns et les bonnes intentions des autres. Je vois que le gouvernement a réussi à avoir une nouvelle source de revenus : légitimer le potentiel délinquant et gagner de l’argent sur les inévitables infractions. C’est tordu et pervers mais on ne peut pas nier son coup de génie.

L’ouverture de la palette de commerces par des auto-entrepreneurs est aussi devenue un autre problème pour ce qu’on avait supposé être une solution. L’absence de marchés majoritaires et l’instabilité de l’offre de quelque produit dans le marché minoritaire ont apporté comme résultat un déséquilibre hallucinant dans les prix de quelques uns d’entre eux. Pour ne citer qu’un exemple, ces dernières semaines, acquérir une serpillière est devenu une chimère inaccessible pour les bourses les plus modestes : le produit, avec un prix qui avait déjà augmenté à 0,90 CUC (équivalents à 21,6 pesos CUP)  a disparu subitement des rayons des magasins percepteurs de devises (MPD). Dans ces cas-là, on peut uniquement s’en procurer à 40 pesos CUP chez les vendeurs ambulants avec ou sans autorisation, c’est à dire, au double du prix officiel.

Mais il résulte aussi dans les directives annoncées, une croisade contre la corruption et les illégalités, ce qui signifie qu’on prétend en finir avec le peuple de Cuba, dans sa totalité. Parce que, qui, dans ce pays, ne viole pas constamment la légalité, en commençant par le gouvernement lui-même ? Quel Cubain lambda survit si ce n’est en marge de la loi ? Que lève la main celui qui n’a pas une seule fois acheté un produit au marché noir -en partant des comestibles, des médicaments, des produits d’hygiène et de nettoyage, des articles de bureau et n’importe quoi d’autre, etc.. jusqu’à une maison, une voiture, un billet d’avion..-, qu’il se mette debout, celui qui n’a pas soudoyé un fonctionnaire de n’importe quel secteur de l’administration pour en obtenir un avantage, depuis une ligne téléphonique ETECSA jusqu’à un CDD, une inscription universitaire, une prothèse dentaire, ou un intervention chirurgicale; qui n’a pas loué des films dans des magasins clandestins ou qui n’a pas parier au jeu clandestinement. Et c’est à Cuba que le fait de monter dans un bus par la porte arrière constitue un délit. Il n’est donc pas surprenant que, ces derniers temps, la presse officielle fasse l’écho de l’avalanche de violations de la loi qui sont détectées par le Contrôleur de la République, sauf que ces purges, plutôt que de marquer la fin de l’impunité, sont en train de révéler la corruption incontrôlable et irréversible du système, du sommet jusqu’aux fondations.

Il semble toutefois qu’il y ait un long chemin avant d’annuler la double monnaie, une autre des promesses du conclave des communistes d’avril 2011, et c’est la même chose avec les reformes phares -et attendues- sur les flux migratoires, qui sont toujours reportées ou en phase d’«étude» (nos dirigeants sont un peu lents en matière d’apprentissage). Plusieurs autres promesses majeures ont grossi la silhouette de crédibilité du gouvernement, ce qui montre qu’il n’y aura pas de vrais changements tant que les propositions viennent du pouvoir. En définitive, il est clair que les dictateurs de toujours, ne réussissent qu’à gagner du temps… et nous leur en donnons. En réalité, nous n’avons pas besoin de directives, mais des droits; et ceux-là ne sont pas compris dans le paquet déprimant de mesures gouvernementales.

*timbirichi o timbiriche : fruit originaire du Mexique, utilisé pour les boissons rafraîchissantes et des réparations de boissons alcooliques.

 Traduit par : Aïda

About these ads

WordPress:

J’aime chargement…

Publié dans Miriam Celaya, Traducteur: Aïda |

  • Autres langues

    en1.

  • miriam_celaya

    Miriam Celaya

    Miriam est une Habanera de l’île, qui appartient à la génération qui a vecu déchiré entre l’espoir et la désillusion, composé par ceux qui ont atteint l’âge adulte la difficile année 1980.

    Elle a publié des collaborations avec le journal digital Encuentro en la Red, pour lequel elle créa son pseudonyme.

    Miriam a commencé ce blog sous le pseudonyme Eva García, mais le 22 de juillet de 2008 elle a publié son vrai nom et photo. Miriam peut être contacté a l’adresse: sinevasion@desdecuba.com

  • Si vous voulez aider à traduire, cliquez ici

    Hemos Oido
  • Les blogs de Cuba

    • À travers l'oeil de l'aiguille
    • Franchir les barbelés
    • Génération Y
    • Les lois de Laritza
    • Octavo Cerco
  • Archives

  • Catégories

    • Miriam Celaya (29)
      • Traducteur: Aïda (17)
      • Traducteur: Denis Wetzl (1)
      • Traducteur: Yuma (10)
    • Uncategorized (5)
  • Blog Stats

    • 5,691 hits

Propulsé par WordPress.com.

Thème : MistyLook par WPThemes.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Propulsé par WordPress.com
%d bloggers like this: